Le livre Living Japan, publié en anglais, rassemble 70 essais co-écrits par 50 femmes au foyer japonaises. Il présente les points de vue de ces femmes sur des faits de société et des événements historiques qui constituent un riche témoignage permettant de mieux comprendre la société
Le groupe d’écriture d’Harumi Kimura s’est donné pour mission de rédiger des essais visant à compléter l’opinion des étrangers sur la culture japonaise grâce aux témoignages de femmes au foyer. Si les événements historiques et sociaux se ressentent à la lecture de ces essais ils ne sont pas pour autant au cœur de leur propos. Ces femmes souhaitent laisser une trace de leurs histoires individuelles qui contribue à la littérature contemporaine et révèle la société japonaise.
Ces dernières années, ces femmes au foyer écrivaient pour elles puis, l’idée de toucher un public plus large et étranger, a fini par germer. Dans leurs essais, l’accent est mis sur leurs émotions, plus que sur l’exactitude de leurs propos. Lorsqu’elles abordent les bombardements atomiques d’Hiroshima, elles ne prétendent pas l’expliquer mais transmettre les sentiments qu’éprouvaient leurs parents et la façon dont elles ont grandi avec ces souvenirs.
Certains points sensibles, comme l’égalité des sexes au Japon, sont aussi abordés. Matsumoto fait ainsi part de ses anciennes expériences professionnelles : « à mon époque, les employés de sexe féminin se cantonnaient à faire le thé et à se marier à 25 ans, mais maintenant les entreprises ont des garderies. J’ai écrit mon essai afin de montrer que j’aurais aimé naître à une autre époque ».
Le travail des femmes et leur politisation est encore un sujet tabou au Japon. Aujourd’hui plus de la moitié des Japonaises travaillent mais elles restent parfois stigmatisées. « Shufu ou femme au foyer est presque synonyme de “femme” » déclare Nancy Le Nézet, auteur d’une thèse de philosophie sur la pensée féministe. Cependant, depuis une dizaine d’années les femmes japonaises ont plus de temps pour elles, elles sortent du foyer, ont moins d’enfants et exportent leur culture. Living Japan en est un bon exemple.
Des « centres pour femmes », créés avec l’aide du gouvernement, proposent des cours ou des réunions pour les femmes au foyer. Mais d’un autre côté ces centres culturels peuvent avoir le travers de stigmatiser encore plus les femmes dans un « cocon traditionnel ».
Certaines initiatives les ont mises sur le devant de la scène ces dernières années. Le « seikatsu club », un réseau national de femmes au foyer a été créé pour améliorer la qualité de la nourriture tout en réduisant son coût. Il s’agissait alors de faire des achats groupés avec des coopératives bio sans passer par des intermédiaires.
Par ailleurs, en dépit d’une sous représentation dans les allées du pouvoir, on note une relative montée en puissance des femmes sur le plan politique. Elles ont un accès plus grand aux postes de responsabilités, témoignent d’un intérêt accru pour les fonctions électives et s’engagent plus fermement dans la vie publique au travers de mouvements de citoyens ou de témoignages sur la société japonaise tel qu’il est illustré dans Living Japan.
source : http://www.aujourdhuilejapon.com